Le monde merveilleux et insoupçonné des lutins, acte II

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Mercredi 25 juin 2008

Un bon Conseil

Un lutin à l'air hautain et méprisant les attendait de l'autre côté de la porte. Il les guida sans leur dire un mot à travers un dédale de couloirs et au bout de dix minutes ils arrivèrent devant un rideau pourpre et tâché par endroits.

"- Je vais vous annoncer au Conseil , dit le Lutin hautain. J'espère que vous ne ferez pas la bêtise de bouger d'ici pendant ma brève absence...
- Compte là-d'ssus Paulo ! Répliqua Ramdam . Viens Parmesan , on se casse.
- Ouais, c'est nul ici, renchérit Parmesan."

Voyant que les deux Barbares du Nord n'en faisaient qu'à leur tête, le Lutin perdit de sa superbe. Il devint tout blanc et tenta de les raisonner avec des ronds de jambes et des sourires mielleux :
"- Allons Messires, deux visiteurs aussi exceptionnels que vous ne devraient pas se vexer pour si peu. Je me flagellerai dès la fin de mon service en guise d'autopunition pour vous avoir manqué de respect !
- Jetez-vous également dans le puits le plus proche et nous serons quittes, répondit Parmesan.
- Vous n'y pensez pas ! Les puits de la Capitale sont remplis de cadavres et de détritus ! Je vais attraper la mort, glapit le Lutin.
- Comme vous voulez, soupira Ramdam en faisant mine de partir.
- D'accord, d'accord ! Je me jetterai dans un puits, c'est promis. Mais patientez ici, je vous en supplie, sanglota le Lutin qui n'avait plus rien d'hautain.
- Allez, faites votre boulot mon brave, nous patienterons ici, le rassura Parmesan."

Soulagé, le Lutin passa le rideau. Derrière la tenture se trouvait une troupe de Lutins braillants et gesticulants en train de s'(insulter copieusement pendant qu'un orateur tentait de ramener le calme dans la salle.
"- Ca ressemble à un conseil de sages votre truc, entendit le Lutin derrière lui.
- Comment ?! Mais je vous avais dit de rester derrière le rideau ! S'exclama le Lutin visiblement paniqué.
- Vraiment ? On a dû oublier... répondit Ramdam l'air de rien.
- Qui sont ces gens ? tonitruèrent en coeur les Conseillers.
- Je suis confu, désolé, contrit, penaud, minable, moins que rien, bouhouhouuu... sanglota le Lutin.
- Et vous êtes viré, ajouta un Conseiller.
- Allez donc vous jeter dans un puits tant que vous y êtes ! Rajouta un autre.
- Tout de suite, maîtres, pleurnicha le Lutin avant de retourner derrière le rideau.
- Qui êtes-vous ? demanda le premier Conseiller aux Barbares.
- Ramdam et Parmesan, fiers scientifiques et Barbares du Nord.
- Pendons-les ! S'exclama un vieux Conseiller qui venait de se réveiller.
- Que font-ils là ? Demanda un autre.
- C'est à vous de nous le dire, répliqua Ramdam. Vos gardes nous ont alpagués alors que nous faisions euh... du tourisme !
- Ah oui, c'est vrai, dit le premier Conseiller. C'est même dans l'ordre du jour si je me souviens bien.
- Cet ordre du jour n'a jamais été approuvé en séance ! Clama un conseiller chauve.
- Pendons cet ordre du jour ! Beugla le vieux Conseiller.
- Allons allons, messieurs ! Un peu de tenue, vous savez parfaitement qu'on n'approuve pas les ordres du jour mais seulement leurs compte-rendus.
- Nous n'avons toujours pas approuvé l'ordre du jour d'hier, il faut procéder selon les règles ! glapit le chauve
- Ecoutez, tant que vous n'admettrez pas que vous avez montré vos parties génitales hier à l'intendante qui vous reprochait de metre la main au fesses des secrétaires, on n'avancera pas.
- C'est faux ! Mensonges, calomnies et fariboles ! Couina le chauve. Je n'ai jamais eu un tel comportement !
- Mais enfin nous étions tous là, en séance ! S'exclama le premier Conseiller. Vous nous traitez de menteurs ?
- Pendons-le ! cria le vieux Conseiller, qui commençait à s'ennuyer.
- Euh dites... avança Parmesan.
-Tout ceci est une mascarade! Tempêta le chauve. Je refuse de voir figurer au procès verbal que je me suis ainsi exhibé alors que je n'en ai rien fait !
- Donc nous avons été victimes d'une hallucination ? Suggérez-vous que nous ayons abusé de substances hallucinogènes ?
- Pendons tous ces drogués ! clama le vieux.
- Il parle de vous vous savez, fit remarquer Ramdam.
- Pendons-nous ! Fit le vieux avant d'être pris par une quinte de toux et de s'écrouler derrière son fauteuil.
- Ca suffit ! Tonna le premier Conseiller, réussissant pour la première fois à ramener un calme relatif dans l'assemblée. Qu'on fasse entrer l'Oracle, elle nous en dira plus sur ces deux Barbares !
- Une Oracle ? C'est une blague ! Fit Ramdam
- J'ai l'air d'une blague ? Répondit une voix féminine affreusement rauque derrière lui."

Mercredi 28 mai 2008

Rencontre avec des vrais lutins

Ramdam était dans les cordes. Il faut dire que même étant un fier Barbare du Nord , se battre contre 7 lutins ivres et brutaux restait un acte extrêmement stupide. Parmesan qui était assit au fond de la taverne, regardait le spectacle avec enthousiasme et ne manquait pas d'encourager non son coéquipier mais les lutins ivrognes, qui n'avaient pas du tout apprécié de se voir traiter de sous-espèce stupide et bornée.
"- Allez les gars, je plaisantais quoi, vous n'allez pas en faire une montagne ! Protesta Ramdam en évitant une chope en bois.
- Tu nous a *hips* insultés, moi et euh... toute ma famille ! Eructa un lutin au faciès couleur vin.
- Allez-y, cognez sur sa face de barbu ! Cria Parmesan.
- Insultés, insultés, comme vous y allez ! Plaida Ramdam. Non, j'ai eu des propos quelque peu maladroits, j'en conviens et je m'en excuse par av...
- Essaie pas de nous embrouiller avec *hips* tes phrases avec plein de mots et de lettres dedans ! Le coupa un de ses adversaires.
- Pendez-le, il l'a bien mérité ! Cria Parmesan.
- Bon on va faire plus simple, soupira Ramdam en envoyant une droite à un ivrogne un peu trop proche. Moi y en a être pote à vous, et moi y en a payer tournée à vous si vous me foutre la paix. Ok ?
- 'Tendez, faut qu'on s'concerte, dit un des assaillants. Allez les gars, réunion."
Les lutins ivres se mirent tant bien que mal en cercle et commencèrent un concert de beuglements qui se voulait des messes basses, le tout ponctué de jurons, de rots sonores et de pets qui ne l'étaient pas moins. La discussion dura cinq bonnes minutes, le temps que chacun donne son point de vue et ricane à une bonne blague de l'un d'entre eux. Puis un des lutins s'avança vers Ramdam :
"- C'est d'accord eh couillon, tu payes à boire et t'es notre ami pour la vie !
- Bien, voilà qui est rassurant. Laissez-moi aller chercher de quoi vous payer une tournée, j'ai oublié ma bourse à l'extérieur.
- Il bluffe, il est fauché, il va se barrer comme un voleur ! Cria Parmesan, toujours bien installé dans son fauteuil.
- Ah toi ta gueule *hips*, tu parle pas comme ça de notre pote, répliqua un des lutins.
- Il a manqué de respect à l'un de vos amis, vous devriez lui casser la figure, susurra Ramdam qui tenait sa revanche.
- Bonne idée, allez les gars, on lui pète sa gueule !"

Parmesan, sentant le vent tourner et lui apporter une nauséabonde odeur, prit ses jambes à son cou et tenta de battre le record du 100 mètres départ assis dans une taverne. Il atteignit presque la porte quand deux gardes se postèrent à l'entrée et lui bloquèrent le passage. Les poursuivants du Barbare se dépéchèrent de retourner vider leurs choppes, tandis que Ramdam hésitait à crier que Parmesan était un voleur ou à sauter par la fenêtre.
"- Le Conseil veut vous voir, dit un des gardes.
- Moi ? Demanda Parmesan abasourdi.
- Toi et l'autre barbu oui. Et si vous pouviez aller prendre un bain avant, ça serait pas un mal. C'est con pour vous, on n'a pas le temps. Veuillez nous suivre sans faire d'histoire, ça m'aurait amusé de vous découper en morceaux mais je suis assez pressé ce soir."

Les deux Barbares l'air piteux suivirent les gardes au travers de la cité endormie. La Capitale des lutins ayant été construite en dépit du bon sens, il était très difficile de trouver son chemin, même pour un habitué des lieux. Bon nombre de rues, de ruelles et même d'avenues se terminaient par un cul-de-sac plein de détritus. Heureusement, la présence des Gardes était suffisamment dissuasive pour que les bandes de voleurs n'agressent pas les deux Barbares. Il faut dire que les Gardes étaient considérés comme la menace numéro une dans la Capitale. Il ne passait pas une semaine sans que le Conseil, qui dirigeait plus ou moins le Royaume des Lutins ne soit assailli par une déléguation d'habitants protestant vigoureusement contre les exactions de la Garde.

Finalement les Gardes arrivèrent devant un grand mur seulemet doté d'une petite porte. Ils pressèrent sans amabilité les deux Barbares d'entrer.

Lundi 5 mai 2008

La fin de l'Université

La sphère de métal contempla l'Université en feu d'un air qui se voulait satisfait, mais elle ne disposait pas de moyens d'expressions qui puissent retranscrire cette satisfaction. Elle fit donc ce qu'elle savait faire de mieux, c'est-à-dire flotter en l'air de façon inerte.

Depuis son arrivée elle avait perdu très peu de temps, et s'était attelée à la destruction des superbes bâtiments avec une efficacité d'une rare beauté. Si jamais un être de métal avait été capable de sadisme, alors il se serait réjoui de ce spectacle des Barbares du Nord hurlant dans les flammes pendant qu'on brûlait leurs précieuses connaissances. Et en réalité la Boule de Métal en était capable.

Les Barbares avaient défendu vaillamment l'Université, à l'exception du Conseil des Sages qui avait prudemment décidé d'installer leurs guêtres dans un lieu plus calme en attendant la fin de ce vacarme, qui les empêchait de débattre sur le menu de la semaine suivante. On avait d'abord envoyé les stagiaires lorsque la Grosse sphère en métal foncé avait commencé à détruire et à passer au lance-flamme l'aile ouest de la Grande Bibliothèque. Après que les malheureux stagiaires étaient été carbonisé, les Anciens avaient alors hoché la tête en clamant haut et fort que de leur temps les stagiaires étaient bien plus résistants et que la nouvelle génération était vraiment constituée de chiffes molles. On avait alors évacué ces vieillards radoteurs pour prendre de vraies décisions : pendant qu'un escadron tentait d'attirer la Boule avec l'Enclyclopédie Universelle des Informations Erronées (considérée comme sacrifiable), d'autres Universitaires essayait d'éteindre les incendies.

Le plan fonctionna magistralement jusqu'à ce qu'on tente de le réaliser : non seulement la Boule ignora superbement l'Encylopédie qui servait d'appât, mais elle continua de plus belle à tout brûler, propageant le feu aux autres bâtiments, parcs et Barbares imprudents. Du coup les Universitaires chargés de la diversion préférèrent aller cacher l'Encyclopédie des Informations Erronées avant de retourner se faire décimer par la Boule. Malgré la courte durée de la bataille, les scribes qui se tenaient prudemment à distance rapportèrent quelques hauts faits, comme ce jeune étudiant nommé Tien An Men qui gesticula devant la Boule en poussant des cris de singe pour qu'elle cesse son carnage. Cet épisode glorieusement conté par les témoins de la bataille figure aussi dans l'Encyclopédie des Morts les plus Stupides au Monde, preuve que les Barbares ont un grand sens de l'objectivité.

Finalement il ne resta plus rien à brûler ni à détruire, et la Boule satisfaite s'en alla un peu plus loin brûler les villages voisins. Dans les ruines de l'Université, un vieux Barbare contemplait le désastre. Herbert était son nom et il avait vécu moultes aventures et pillages en son temps. Il était accompagné d'un jeune page crédule qui s'appelait fort-à-propos Crédule , héritage dont il se serait bien passé d'une mère lutine et donc pas très futée.
"- Mon petit Crédule, il n'y a plus rien ici pour nous ! Il est temps de descendre vers le sud, dit le patriarche.
- Bien maître, mais qu'y feront nous ?
- Nous allons conquérir leur monde, jeune Crédule !
- Vraiment ?! s'exclama le page.
- Ce que tu peux être naïf... Avec quoi pourrions-nous les conquérir ?
- Oui bah je sais pas moi... On aurait pu leur faire croire qu'on était des dieux, un truc comme ça... répondit le page vexé.
- J'ai une idée, jeune Crédule ! Nous nous ferons passer pour des Dieux et nous prendrons le pouvoir ! Dit le vieux Barbare.
- Quelle brillante idée, soupira le page. Vous êtes vraiment un vénérable savant.
- Je sais, merci. Mettons-nous en route et portez-moi sur vos épaules."

Ainsi le jeune Crédule chargea-t-il le vieux Herbert sur ses épaules, puis ils se mirent en route. Chemin faisant, le vieux expliqua en détail comment lui était venu la brillante idée de monter une religion dont il serait le centre, explication qui ne mentionna à aucun moment l'intervention du jeune Crédule.

Mercredi 23 avril 2008

Bienvenue à la Décharge

Parmesan regarda autour de lui d'un air dégoûté, tenta de s'épousseter un peu et osa respirer une bouffée d'air. Il suffoca instantanément, eut deux ou trois hallucinations, une vision prémonitoire et une bonne quinte de toux.
"- La vache, mais c'est irrespirable ! C'est quoi cette décharge ?
- C'est la Décharge mon gars, lui répondit un vieil autochtone auquel il manquait une bonne vingtaine de dents. Reste pas trop en haut de ce tas d'ordures, y a des effondrements fréquents.
- On est où là ? Demanda Ramdam .
- Dans la Décharge mon gars, répéta le petit vieux miteux.
- Oui mais de quelle ville ?
- Aucune idée, avoua le vieux. Je n'en suis jamais sorti."

Les deux Barbares du Nord descendirent du monticule d'ordure avec précaution. Ils décidèrent ensuite de chercher la sortie de la Décharge mais la tâche se révéla aussi ardue que de trouver un bureau précis dans la Bureaucratie . Après quelques heures d'errance durant laquelle ils faillirent se faire manger par une horde de rats et lapider par une foule de gamins loqueteux et complètement défoncés, ils tombèrent sur une petite hutte superbement entretenue. A l'entrée était posé un panneau : "Gardien de la décharge". En dessous était apposé une inscription : "Je suis à la retraite, ne me dérangez pas".
"- Monsieur le gardien ? Appela Ramdam.
- C'est marqué qu'il ne faut pas le déranger, remarqua Parmesan.
- En effet, je vois qu'au moins un de vous sait lire, dit une voix derrière eux.
- Oh euh... répondit Parmesan en se retournant. On venait juste vous dire bonjour comme ça.
- Et vous demander comment on sort de la décharge, compléta Ramdam."

Le gardien était un gigantesque lutin , beaucoup trop grand pour les normes en vigueur. Bien que le panneau indiquait qu'il était en retraite, le lutin n'avait pas l'air très âgé. En revanche on remarquait bien sa tendance à l'alcoolisme. Ramdam qui était déjà assez imposant lui arrivait à peine à l'épaule.
"- Suivez-moi, dit le gardien en entrant dans sa hutte.
- T'es sûr que c'est une bonne idée ? Souffla Ramdam à Parmesan
- On peut toujours construire une maison avec les ordures et vivre ici jusqu'à la fin de notre vie, lui répondit son homologue.
- Je vous le déconseille, cria le gardien de l'intérieur, le coin est loin d'être sûr. Si encore on n'y trouvait que des zonards ou des rats ça irait, mais la nuit l'espérance de vie moyenne d'un lutin dans la décharge tombe à 2 minutes.
- Comment sort-on d'ici ? Demanda Parmesan. J'ai moyennement envie de vérifier cette statistique.
- Ca fait bien longtemps que les autorités ont condamné toutes les sorties, la Décharge est entourée par de gigantesques murs et les habitants jettent leurs ordures par dessus.
- On est foutus alors ! S'exclama Ramdam.
- Indubitablement, commenta le gardien."

Ramdam se mit à sangloter en se roulant par terre sous l'oeil ahuri du gardien et de Parmesan. La pleurnichade dura encore dix bonnes minutes pendant lesquelles le gardien but une bouteille complète d'un liquide visiblement alcoolisé. Puis celui-ci se leva, mit son manteau, ouvrit une trappe dans le sol et annonça aux Barbares qu'il partait en ville se ravitailler.
"- Quoi ?! Mais vous avez dit qu'il n'y avait aucun moyen de sortir de la Décharge ! S'exclama Ramdam.
- J'ai dit ça ? fit le gardien l'air surpris.
- Mais oui ! Beugla Ramdam.
- Oh, je perds un peu la boule vous savez, je suis tout seul et...
- Je m'en fous ! J'ai fait une dépression par votre faute, je ne m'en remettrais jamais !
- T'en fais trop là, lui sussura Parmesan.
- Regardez, j'ai failli faire un arrêt cardiaque et mon appendicite me reprend ! fit Ramdam en grimaçant d'une douleur peu convaincante.
- Je déteste qu'on se moque de moi, s'écria le gardien. Fais tes prières, minable barbu geignard, je vais..."
Et il s'écroula de tout son long pour sombrer dans un coma éthylique. Les deux Barbares en profitèrent pour emprunter le passage secret qui les fit déboucher dans une impasse qui devait servir d'urinoir à tous les poivrots du coin. Ramdam se mit à entasser toutes sortes de choses sur l'ouverture du passage secret.
"- Mais qu'est-ce que tu fous ? lui demanda Parmesan.
- Je m'assure que cet abruti ne pourra plus emprunter ce passage ! Lui répondit Ramdam.
- Pourquoi faire ? Tu crois vraiment qu'il va nous courir après lorsqu'il se réveillera ?
- Non, c'est juste pour l'emmerder."

Là-dessus, les deux Barbares se ruèrent dans la taverne la plus proche.

Jeudi 20 mars 2008

Une éducation de sauvageon

L'intervention magistrale de la voix coupa net l'envie de Ramdam , qui se dépêcha maladroitement de se refroquer sous l'oeil vivement réprobateur de Parmesan. La voix poursuivit :
"- Non mais vraiment, j'ai jamais vu ça ! Mais où avez-vous donc été éduqué ?!
- Bah euh, à l'Université , et un peu par mes parents, bredouilla Ramdam.
- Et ils n'apprennent pas les bonnes manières dans cette université ? Tempêta la voix.
- Ah non ça c'est les parents, mais ceux de Ramdam étaient plutôt ignares en la matière, signala Parmesan .
- Hé, tu insutes mes parents là ?
- Je peux aussi t'insulter toi si tu veux, vous êtes vraiment à mettre dans le même panier !"
Alors que Parmesan et Ramdam en venaient aux mains, le petit Bureaucrate de l'accueil déboula en courant, affolé par le bruit. Emporté par son élan, il glissa sur le sol en marbre et finit sa course dans une grande poterie finement décorée, dans laquelle il se retrouva coincé.
"- Muhmuhmuh mu mumuh ! Dit-il du fond du vase.
- Pardon ? Enlevez ce truc, on ne vous entend absolument pas mon ami", lui reprocha la Voix pendant que les deux Barbares se collaient des baffes.
Le préposé à l'accueil se débattit cinq bonnes minutes avant de pouvoir s'extirper de la poterie. Il se rajusta tant bien que mal et tenta de déclarer d'une voix ferme :
"- Messieurs, vous ne pouvez pas vous battre ici, c'est interdit par le règlement !
- Je me battrai où je voudrais, rétorqua Parmesan en esquivant un coup de poing de Ramdam qui finit sa course dans le mur, occasionnant à son propriétaire une douleur intense qui lui arracha une larme.
- AAAAh, mais on n'a pas idée de faire des murs aussi durs ! Beugla Ramdam en faisant la danse universelle de la douleur.
- S'il vous plaît taisez-vous un peu, pleurnicha le préposé à l'accueil.
- Ouais, bouclez-là ! Ajouta la grosse voix.
- Mais qui êtes-vous à la fin ? Demanda Parmesan à la voix.
- Je suis la Porte de Sortie, misérable cloporte ! Depuis des siècles je permets aux êtres morts de revenir à la vie, et voilà comment on me traite : non content de me pisser dessus, vous ne savez même pas ce que je suis ! C'est intolérable, je me plaindrai à la Direction !
- Non non, ne faites pas de scandale, pitié, restez tranquille, tout va bien, je m'occupe de tout, bredouilla le Bureaucrate de l'accueil.
- Tiens, mais pourquoi êtes-vous aux petits soins avec nous ? Demanda Parmesan.
- Je parie que ce tire-au-flan a comme responsabilité le passage des morts à travers la Porte de Sortie. Et comme il sait qu'il n'a pas fait son boulot il se fait pipi dessus ! Ricana Ramdam.
- Ah non, pas encore !" Protesta la Porte.

Finalement, après une discussion acharnée, tout le monde décida que les deux Barbares du Nord pouvaient emprunter la Porte de Sortie, que le petit bureaucrate de l'entrée était un trouillard incompétent et qu'on ne pouvait pas se lécher le coude sans être invertébré. Les deux Barbares franchirent la Porte de Sortie, qui leur joua un air qui se voulait majestueux pour l'occasion. C'est donc sur une musique céleste reprenant l'air d'une chanson paillarde lutine que Ramdam et Parmesan revinrent parmis les vivants.

Mardi 18 mars 2008

Jean Némar

Le véritable Jean Némar était un petit Bureaucrate sans aucune importance. En fait, le seul fait notable dans la vie du vrai Jean Némar fut sa mort, qui fut assez peu glorieuse et d'une affligeante banalité, puisqu'il mourut d'une crise cardiaque suite à un stress intense qui résultait en l'occurence de la nécessité de punaiser au mur une note de service.

Le jeune Bureaucrate qui remplaça Jean Némar était alors très inexpérimenté dans l'art administratif, et il laissa traîner la plaquette de son prédécesseur sur son bureau sans penser à en changer le nom, tout exalté qu'il était d'avoir trouvé une place dans cette prestigieuse administration qu'est la Bureaucratie . Bien mal lui en pris, puisque tout le monde l'appela Jean Némar par la suite. Bien qu'ayant tenté à plusieurs reprises de faire valoir son vrai patronyme, tout le monde continua de l'appeler par le nom ridicule de son prédécesseur.

Jean Némar (le faux) est avant tout un forcené. Rompant complètement avec la tradition millénaire des Bureaucrates, il n'hésite pas à recycler son papier, à remplir son encrier avant qu'il ne soit vide et à ne faire qu'une pause pipi toutes les trois heures. Ce comportement scandaleux lui valut un nombre impressionnant de réprimandes et de retenues sur salaire. Jean Némar allait se faire virer quand on se rendit compte qu'il était tout à fait compétent pour régler les différents problèmes du service. Ses collègues, ravis de pouvoir lui déléguer toutes leurs tâches le félicitèrent chaudement puis s'empressèrent de retourner glander.

Petit à petit la réputation déviante de ce Bureaucrate fit le tour des services, et on commença bientôt à lui envoyer tout le travail que les employés ne voulaient pas faire, c'est à dire tout. On donna à Jean Némar un bureau à l'écart pour éviter la contagion car personne n'était en mesure de dire si cet étrange comportement était transmissible à d'autres, puis on lui donna l'accès à tous les formulaires de la Bureaucratie. Les circuits d'information et les préposés à l'accueil prirent rapidement le pli de tout lui envoyer et l'ensemble des Bureaucrates fut bien satisfait de l'issue de cette grave crise.

Les Bureaucrates

Les Bureaucrates sont plus un regroupement d'individus d'origine assez diversifiée qu'une espèce à part entière. La plupart d'entre eux sont des Lutins , mais on a recensé des êtres étranges que personne n'avait jamais vu jusqu'alors.

Les Bureaucrates travaillent et vivent au sein de la Bureaucratie , une gigantesque administration aux buts aussi flous que la vision d'une taupe en plein brouillard. Etant donné le gigantisme du bâtiment, les employés ne cherchent pas pour la plupart à rentrer chez eux, ils dorment sur place dans les gigantesques salles de repos. De toute façon être un Bureaucrate est un passe-temps à part entière, et les familles des employés n'ont en général de nouvelles de leur proche que le jour où ils ressortent morts, fous ou virés pour excès de travail.

Les Bureaucrates ont élevé la glandouille au rang d'art. Si vous voyez un Bureaucrate s'activer, c'est probablemen qu'il est en train de mettre au point une combine pour travailler encore moins. Et voir un Bureaucrate est déjà un exploit en soi, en effet ces petits êtres mesquins ont développé un sixième sens particulièrement aiguisé en matière d'administrés. Dès qu'ils sentent la présence d'un visiteur, ils se cachent derrière des piles de formulaires en retard, sous leur bureau ou derrière les plantes tropicales qui sont depuis longtemps devenues de grandes jungles à cause d'une attention de toute instant et l'emploi d'engrais naturels provenant assez souvent des déjections de celui qui en prend soin. Il n'est pas rare que le seul Bureaucrate qu'on puisse voir dans cette administration soit le préposé à l'accueil. Ce poste étant une sanction administrative envers les employés, on est en général très mal reçu et il faut vraiment insister pour obtenir quoi que ce soit de ces petits Bureaucrates obtus et procéduriers.

Les Bureaucrates se reproduisent en général entre eux, et le brassage génétique des populations est effectué par des échanges inter-services et des mutations appropriées effectuées par le Service des Relations Bureaucratiques. Les lieux les plus fréquents d'accouplement sont les salles de repos, les bureaux abandonnés, les ateliers de reproduction qui servent à recopier les documents, et qui pour le coup portent très bien leur nom, et parfois les salles de réunion ; mais le risque de s'y faire prendre est très élevé à cause d'une étrange coutume ancestrale qui veut que tout Bureaucrate qui se repecte, surtout lorsqu'il devient chef doive effectuer au moins deux réunions dans sa journée.

Le Bureaucrate moyen n'est pas si stupide, mais il refuse de se servir de son intelligence afin de servir les administrés, ses collègues et encore moins sa hiérarchie. Il refait le monde environ quatre fois par jour, et passe l'essentiel de son temps à la salle de repos où il va glaner des informations croustillantes sur le dernier scandale sexuel ou sur la dernière note de service parue. Car le Bureaucrate est extrêmement friand d'informations, encore plus lorsqu'elles concernent quelqu'un qu'il connaît. Cette attention particulière a donné naissance à une paranoïa généralisée et un sévère ragotage. Les rumeurs enflent et se dégonflent à la vitesse d'un crapaud sous extasie, et un employé peut se voir promu et rétrogradé dans la même minute. Sous ses dehors immobiles, la Bureaucratie est en réalité une entité en perpétuelle évolution. Sa grande force est que tous ces changements n'ont absolument aucune incidence sur son fonctionnement.

Lundi 17 mars 2008

La Bureaucratie

La Bureaucratie est le repaire crasseux des Bureaucrates . C'est un gigantesque bâtiment, accessible en claquant des doigts et qui est censée résoudre les problèmes de ceux qui en font la demande.

Les origines de la Bureaucratie sont probalement entreposées aux archives, mais aucune personne ayant un minimum de jugeotte ne se risquerait dans cet endroit. D'ailleurs les bruits les plus fous circulent à ce sujet, des histoires de bureaucrates égarés à jamais dans les méandres des étagères saturées de vieux papiers poussiéreux, de fantômes et de dangereux mutants qui mangeraient les imprudents visiteurs. Ces légendes sont très certainement exactes, aussi faut-il s'en remettre à la mémoire défaillante des plus vieux employés de cette écrasante machine administrative.

Si on leur prête une oreille attentive, on peut les entendre marmonner qu'il fut un temps où les Bureaucrates étaient de fiers employés modèles, s'appliquant à satisfaire le moindre désir des quémandeurs. Le fait que ces vieux Bureaucrates soient les plus feignants des employés ne confirme pas vraiment leurs dires, d'autant que l'alcoolisme et les dégénérescences mentales dûes aux accouplements entre bureaucrates dans les toilettes ont contribué au fil du temps à aggraver tout ce qui touche à cette administration.

La façon dont est dirigée la Bureaucratie est extrêmement floue. Il y a un bien un Grand Responsable, mais ce poste hautement prestigieux est depuis longtemps confié à des incompétents pistonnés par on ne sait quelle autorité supérieure. Le vrai centre du pouvoir est donc incertain. La plupart affirment que la Bureaucratie peut s'auto-diriger, la conscience collective des employés suffisant à lui donner la bonne orientation. Mais les milieux autorisés pensent plutôt que seuls une poignée extrêmement réduite de personnes dirigent dans l'ombre cette immense administration.

La Bureaucratie est composée de services qui s'occupent exclusivement d'une seule tâche. Au fur et à mesure que cette administration s'est vue confier de nouveaux domaines de compétence, il est devenu très difficile de faire l'inventaire exact de tous les services. On a donc fini par constituer un bureau des Services pour les référencer, mais il n'a bientôt plus suffit. A l'heure actuelle, il y aurait environ quarante-trois services de référencement, eux-mêmes chapeautés par deux ou trois autres. Bien évidemment, il n'est pas rare que ces organes de référencement s'aperçoivent qu'il existe une bonne dizaine de services affectés à la même tâche. Ils créent donc des commissions chargées de les surveiller et de les dissoudre le cas échéant. La plupart du temps cependant, ces commissions trouvent le moyen de rajouter d'autres services pour s'occuper de cette tâche, suivant une logique qui échappe depuis bien longtemps à l'entendement de n'importe quelle forme d'intelligence dans l'Univers. Il est probable qu'il existe au moins un service qui s'occupe à plein temps de lire cette histoire, et un autre qui vérifie que le premier service n'a pas oublié de lire un lettre ou un mot.

Un bureaucrate fraîchement débarqué dans l'administration doit d'abord faire ses preuves au travers d'un rite d'initiation, qui consiste à trouver seul le chemin de la salle de repos et à s'y faire une place en moins de deux jours. Passé cette terrible épreuve, le nouveau venu est constammement surveillé, et tout excès de zêle tel que remplir l'encrier avant qu'il soit vide ou réclamer des fournitures seulement trois semaines après qu'elles manquent est sévèrement punis, et le fautif se trouve muté dans un service d'archivage ou à l'accueil.

La plupart des gens qui viennent demander de l'aide à la Bureaucratie deviennent fous et finissent par se suicider en ingérant en quantité outrageusement énorme des formulaires mal remplis. Car tout repose sur ces formulaires, qu'il est impératif de remplir afin d'avoir une chance d'accéder au bureau suivant, qui vous renverra vers un autre bureau, etc. Un proverbe provincial lutin dit que "il vaut mieux évietr de remplir un formulaire temps qu'on a encore une raison de vivre, si mince soit-elle."

Il existe à la connaissance de l'auteur un seul bureau efficace dans toute la Bureaucratie, et il en est fait mention dans ce récit.

Le lutin à tout faire

Le bureau était plutôt spacieux, du moins si on était une bactérie microscopique. Parce que du point de vue d'un lutin, il était minuscule. Devant les Barbares du Nord se trouvait une planche sur deux trétaux entièrement envahie de paperasse. Sur le dessus d'un pile trônait un petit panneau miteux qui disait : "Jean Némar , Opérateur Exécutif". Les murs du bureau étaient depuis longtemps masqués par tous les papiers punaisés dessus, et ces mêmes papiers étaient cachés par les amas de formulaires, de reçus et de notes de service. Au milieu de ce foutoir se trouvait celui qui devait visiblement s'appeler Jean Némar, puisqu'il était assis sur l'unique chaise disponible.

"- Que puis-je faire pour vous Messieurs ? Demanda Jean Némar aux deux Barbares.
- Et bien en fait... hésita Ramdam .
- Nous avons claqué des doigts et... continua Parmesan .
- N'en dites pas plus, vous souhaitez ressusciter ? Parfait, veuillez remplir ces formulaires messieurs, et ne faites pas de ratures."
Le Bureaucrate leur tendit des imprimés au titre évocateur de "formulaire 103205-NL2-072", deux plumes miteuses et un encrier à moitié sec. Les deux Barbares qui étaient rompus à l'art du formulaire remplirent les leurs en 22 secondes pour Parmesan et 26 pour Ramdam à cause d'une question bonus qui se trouvait sur seulement un formulaire sur deux millions.

"- Bien, rendez-moi vos copies que je les examine, déclara Jean Némar.
- Monsieur Némar, je peux vous poser une question ? Hasarda Ramdam ?
- Faites, faites, répondit le bureaucrate sans lever le nez des formulaires.
- Votre nom, c'est pas un peu dur à porter ?
- Je vois que tu as sêché les cours de bienséance ! Souffla Parmesan à son compère.
- Oh ne vous en faites pas pour moi, de toute façon ce n'est même pas mon vrai nom, dit Jean Némar en rectifiant une réponse sur un des formulaires. En réalité c'est celui de mon prédécesseur, mais tout le monde continue de m'appeler par son nom.
- Et ça veut dire quoi Opérateur Exécutif ? relança Ramdam.
- Arrête avec tes questions tu vas l'énerver, et un bureaucrate agaçé c'est une source d'ennuis supérieure à ta mère ! Chuchota Parmesan.
- Oh, c'est un terme pompeux qui ne signifie pas grand chose, répondit le bureaucrate qui était en train de tamponner joyeusement les formulaires. Pour faire de la vulgarisation bureauratique, ça signifie sous-fifre, lutin à tout faire ou besogneux petit collaborateur. En clair, si vous avez besoin de quoi que ce soit, vous passerez automatiquement par moi.
- C'est pratique, souligna Parmesan.
- Surtout pour vos collègues, appuya Ramdam.
- Comment celà ? Demanda Jean Némar d'un air intrigué.
- Vous faites tout le boulot et eux peuvent glandouiller toute la journée ! s'exclama Parmesan.
- Et on s'y connait en glandouille ! Nous sommes même des professionnels de ce secteur. Ajouta Ramdam.
- Fichtre ! Tempêta le bureaucrate. Mais vous avez raison, c'est moi qui fait tout ici ! Voilà vos formulaires, retournez à l'accueil, on vous indiquera la porte de sortie du Royaume des Morts et vous pourrez ressusciter. Quand à moi, je me mets illico en grêve illimitée !"

Les deux Barbares sortirent du bureau sas demander leur reste devant l'air furieux de leur interlocuteur puis tentèrent de retrouver le chemin de l'accueil. Bien évidemment, toutes les tentatives pour demander leur chemin aux bureaucrates furent vaines et ils mirent une bonne demi-douzaine d'heures avant de se retrouver devant le gigantesque bureau de l'accueil :
"- Monsieur le préposé à l'accueil, nous souhaiterions pouvoir ressusciter. Demanda poliment Ramdam.
- Et alors, en quoi ça me regarde ? Répondit le petit bureaucrate aigri qui occupait le poste.
- Nous avons là deux formulaires validés, et nous voudrions les faire exécuter, dit Parmesan d'un ton qui se voulait très calme.
- Il est presque l'heure de la fermeture hebdomadaire, revenir le mois prochain ! Glapit le réceptionniste.
- Très bien Monsieur. Comme vous le savez, nous sommes de Fiers Barbares du Nord. Nous sommes ainsi habilités à vous maltraiter physiquement, à piller vos biens et violer votre femme. Si vous n'en avez pas, c'est malheureusement vous qui ferez les frais de nos violences à caractère sexuel. Désirez-vous revoir votre opinion quand à notre demande ? Questionna Parmesan, entrecoupé des insultes explicites de Ramdam.
- Je euh... prenez le couloir surmonté du panneau Porte de Sortie, c'est pas là. Mais par pitié, pas de violence !"

Les deux barbares remercièrent le réceptionniste puis se dirigèrent vers le couloir. Au fond de celui-ci se dressait une énorme porte lisse, sans loquet. Ramdam tenta de l'ouvrir par tous les moyens à sa disposition, c'est à dire presque rien et sans succès notable. De dépit, il essaya d'uriner dessus. Une voix puissante tonna alors :
"- Hé, faut pas vous gêner !"

Mardi 4 mars 2008

Bienvenue à la Bureaucratie

Ramdam apparut juste à côté de Parmesan . Celui-ci avait entâmé la construction d'un petit chalet en bois et en était aux finitions intérieures.
"- T'en as mis un temps, s'écria Parmesan. Heureusement qu'on est morts, sinon t'aurais retrouvé qu'un squelette en arrivant ici !
- Oui bah je savais pas claquer des doigts moi, répondit Ramdam.
- Mais tout le monde sait claquer des doigts !
- Moi j'avais jamais réussi jusqu'à maintenant ! Si je n'étais pas déjà mort, ça m'aurait usé tous les doigts." bougonna Ramdam qui se renferma dans un silence boudeur.

Devant eux se dressait un gigantesque bâtiment qui était visiblement une administration. Les deux Barbares du Nord étaient habitués depuis leur enfance à être confrontés quotidiennement à l'Université , dans laquelle on pouvait suivre un cursus entier juste dans la bureaucratie. Autant dire que les diplômés étaient des bureaucrates de haut vol, maîtrisant toutes les ficelles et qui obtenaient des places de choix au Bureau des Subventions. Les deux Barbares entrèrent et se retrouvèrent dans un immense hall d'accueil. Tout au bout de celui-ci, un bureau placé en hauteur surplombait une file d'attente déserte. Ramdam et Parmesan prirent un ticket au distributeur et s'avancèrent vers le bureau. Au fur et à mesure qu'ils s'avançaient, le bureau semblait grandir et lorsqu'ils arrivèrent à la fin de la file d'attente, celui-ci les surplombait d'au moins deux mètres.

"- C'est pour quoi ? Demanda une voix aigrie et malaimable qui venait apparemment du haut du bureau.
- Hem, quel est cet office je vous prie ? Demanda Parmesan.
- Si vous ne savez pas ce que c'est, je n'ai pas à vous le dire !" Répliqua sèchement la voix.
Parmesan regarda Ramdam et lui fit signe que tout allait bien se passer. Il respira un grand coup, fit quelques étirements, des vocalises puis il s'éclaircit la voix :
"- Excusez-moi, pourrais-je voir votre supérieur ?
- Pourquoi faire, demanda la voix qui avait cependant changé d'intonation.
- Vous n'êtes pas habilité à le savoir." répondit fermement Parmesan.
Le bureaucrate garda le silence un bref instant, puis il demanda avec un accent ironique :
"- Lequel de mes supérieurs demandez-vous ?
- Et bien euh..., hésita Parmesan.
- J'en ai marre maintenant ! Bougonna Ramdam.
- Très bien, très bien, pas la peine d'être pressant je vous emmène le voir, dit le bureaucrate, visiblement vexé.
- Quoi ? Demanda Ramdam les yeux ronds comme des boules de voyante.
- Bien joué, lui dit Parmesan en lui envoyant un bon coup de coude dans les côtes.
- Aïeuh, fit Ramdam en se tordant de douleur, t'as réveillé mon appendicite.
- C'est quoi ça encore ? Un parasite intestinal ?
- Non, c'est une vieille douleur que j'ai, je l'ai baptisée appendicite. Elle est sur le flan, là.
- J'ai toujours su que t'étais un tire-au-flan, répondit Parmesan en emboîtant le pas au bureaucrate. Quand même, c'est pas un nom ça J'en-ai-marre, il a dû en chier à l'école."

Ils suivirent le petit bureaucrate dans un labyrinthe de couloirs et de bureaux. La majorité des gens faisaient semblant de travailler, ils étalaient des piles de dossiers devant eux, se planquaient derrière et ronflotaient toute la journée. La plupart d'entre eux ne savaient même pas à quoi servait leur service. Les lieux les plus animés étaient les salons de repos, qui étaient tellement pleins qu'il fallait faire la queue pendant une bonne demi-heure pour pouvoir y accéder. Un bon Barbare du Nord aurait immédiatement pris des notes pour étudier ces coutumes étranges, mais Ramdam et Parmesan étaient beaucoup trop feignants et je-m'en-foutistes pour s'abaisser à un tel comportement. Le seul effort visible de Ramdam fut d'essayer d'extirper de son nez une énorme crotte. Il y avait enfoncé deux phalanges de son index lorsque le bureaucrate de l'accueil se retourna pour leur signaler qu'ils étaient arrivés.

"- Nous y sommes, voilà le b... Mais qu'est-ce que vous faites ? Lança-t-il d'un air écoeuré.
- Je... j'étudiais mon nez, répondit maladroitement Ramdam en s'essuyant le doigt dans la barbe.
- Ah bravo, niveau présentation tu tues le concours !" lui souffla Parmesan.
Alors que le petit bureaucrate s'enfuyait l'air dégoûté, Parmesan toqua à la porte du bureau. Il toqua encore au bout d'une minute, puis il martela du poing sur la porte jusqu'à y faire un trou.

"- Entrez !" Leur fit une voix ensommeillée.

Jeudi 28 février 2008

Gardiens

Les Gardiens sont une race de lutins fiers et plus intelligents que la moyenne. Ils sont aussi plus grands et ont nettement plus de prestance. Ils se sont eux-même auto-proclamés gardiens d'une vaste plaine où viennent s'échouer les stylos des humains lorsqu'ils en ont marre de servir de moyen d'écriture. Et depuis des siècles, ils veillent jalousement sur leur "forêt", sans s'être rendu compte que tout le monde les avait oublié.

Les Gardiens ont une société très hiérarchisée, et leur chef est toujours un petit vieux. La passation de pouvoir se fait à la mort du chef, et on met à sa place le petit vieux le mieux conservé qu'on trouve. Cette pratique encourage les Gardiens à prendre soin de leur corps tout en s'assurant que le mandat du nouveau nommé ne sera pas trop long.

Les Gardiens sont souvent célibataires, car la plupart des femmes finissent par quitter leurs maris excédées par le machisme et la mysogynie ambiante. Il est probable que malgré un QI plus important que celui des Lutins les Gardiens aient conservé certaines coutumes idiotes de leurs congénères, dont le sexisme primaire et l'agaçante habitude de faire ses besoins naturels n'importe où.

Les Gardiens placent leur fierté pratiquement avant tout le reste. Cependant, on a pu observer qu'en cas de coup dur, ils abandonnaient celà bien volontiers au profit d'une bonne vieille panique. C'est pour celà qu'ils éliminent tous les étrangers avant qu'ils ne puissent pénétrer dans leur territoire.

Passablement décimés pendant la guerre contre l'Empire de Poképok (voir Acte I), les Gardiens ont vite repris leurs habitudes d'avant en tentant fermement d'oublier cette fâcheuse histoire. Il est d'ailleurs écrit sur le Registre du Gardien à la date de la bataille qui vit le nombre de Gardiens dramatiquement chuter : "Rien de spécial aujourd'hui. Temps maussade, petite toux grasse et légère constipation".

Intro

"- On est morts là ? Demanda Parmesan d'un air ahuri.
- Indubitablement vous l'êtes, répondit un vieillard habillé en blanc et constellé de tâches de sauce tomate.
- Et euh... C'est définitif ? Hasarda Ramdam .
- Ca on n'en sais rien, avoua le viellard. Mais depuis le temps, si on pouvait revenir à la vie en claquant des doigts ça se saurait !"

Le vieillard satisfait s'en alla embêter un fantôme qui traînait par là en faisant mine de lui mettre les doigts dans le nez. Parmesan et Ramdam restèrent indécis une bonne dizaine de minutes, contemplant une immense plaine vide et herbeuse, jusqu'à ce qu'ils voient passer soudain un Lutin poursuivi par une Fée .
"- Salut ! Lança le Lutin aux deux Barbares en continuant sa course.
- Salut ! Lança la Fée à sa suite.
- Euh... répondirent les Barbares.
- Hé, cria Parmesan à la Fée, on est où là ?
- Aucune idée !" répondit la Fée qui s"éloigna à grandes envolées en direction du Lutin qui continuait à courir à toute vitesse.

Les deux Barbares se regardèrent un court instant puis se lancèrent à la poursuite de la Fée. Ils coururent ainsi sur 200 pas avant de s'écrouler hors d'haleine. De dépit, ils décidèrent de s'asseoir en rond et de bouder. Bouder se révèlà assez aisé mais faire une ronde à deux leur posa plus de problème. Finalement ils se roulèrent en boule et s'endormirent comme deux clodos.

Voir un Barbare du Nord dormir est toujours un spectacle assez extraordinaire : la force de leur ronflement peut provoquer chez les plus bruyants sujets des mini-séismes, et leur barbe se retrouve inondée par la bave qui leur coule de la bouche. Et personne ne se risquerait à faire une description de ce qui leur sort du nez pendant leur sommeil.

Un quart d'heure plus tard, les deux barbares se firent promptement réveiller par des jets de pierres et des insultes véhémentes.
"- Ca suffit, cria un lutin avec un couteau planté dans le crâne, laissez-nous dormir !
- Oui, c'était marqué sur le prospectus 'repos éternel', on y a droit ! enchaîna une femme dont le cou était marqué d'empreintes de stangulation.
- Mais euh... risqua Ramdam.
- Silence, allez gêner plus loin !"

Les deux barbares s'enfuirent devant l'air malveillant de la foule de morts qui les encerclaient. Ce n'est pas parce que les Barbares étaient déjà morts qu'ils devaient risquer leur peau de cadavre.
"- Rah les salauds, grogna Parmesan en courant, même morts ils sont pénibles !
- J'en ai marre, haleta Ramdam, je veux redevenir vivant !
- Claque des doigts, on sait jamais" ricana Parmesan en claquant des doigts.

Et il disparut.

Fées

Tout d'abord, les fées sont une race qui se conjugue au féminin. Il y a bien sûr des mâles fées, mais chez les fées le rapport mâle/femelle est inversé. Globalement les fées se foutent de ce genre de préoccupation car leur seule passion, c'est le sexe. Tous les rapports sociaux sont fondés sur les pratiques sexuelles, qu'elles soient hétéros ou homos. Toutes les fées sont bisexuelles, et il n'y aucune notion de couple chez les fées. On a toutefois constaté quelques comportements déviants, comme la sélection de partenaires préférés pour la copulation rituelle du vendredi.

Le corps des fées ne vieillit pas, grâce à l'ingestion d'une eau de jouvence. Ainsi, une jeune et une doyenne auront la même apparence. Le principal inconvénient est que les vieilles fées ont une nette tendance à se conduire comme des gamines. Il n'y a donc aucune transmission de savoir dans la société fée. Les fées sont toutes belles et bien foutues, mâles compris. Elles possèdent une paire d'ailes dans le dos qui ressemble à des ailes de papillon. Elles sont très gragiles, et une fée qui aurait abimé ses ailes est considérée comme une paria tant que les dégats resteront visibles. Mais si le corps de vieillit pas, les fées meurent néanmoins. On ne sait pas pourquoi d'ailleurs. Un beau matin, couic, la fée est morte. Ses congénères s'empressent donc de la jeter hors du royaume des fées, et retournent copuler.

La société fée est organisée n'importe comment, il n'y a qu'une seule dirigeante qui sera obligatoirement une femelle. Elle n'a pour ainsi dire aucun pouvoir, mais sa nomination est l'occasion d'orgies qui peuvent durer plus de six mois. C'est pourquoi les patriarches, noms données à ces dirigeantes, sont toujours les plus vieilles fées, ce qui permet de changer souvent de personne, et donc de multiplier les fêtes. Le Royaume des Fées est situé au coeur de la Forêt Enchantée, tout en haut des arbres les plus grands de cette forêt aux végétaux disproportionnés. De fait, le royaume des fées est inaccessible aux populations environnantes, puisque seules les fées ont des ailes. Cette situation a engendré une jalousie et une haine farouche des peuplades environnantes au fil des siècles. Les fées, du fait de leur isolement, ne connaissent rien du monde extérieur, et les événements de celui-ci n'ont aucun impact sur leur royaume.

Les fées sont très sensibles à l'hygiène, en effet toute contamination par des germes se répandrait comme une traînée de poudre étant donné les nombreux contacts épidermiques et les échanges de fluides qui se produisent lors des orgies permanentes.

Pour conclure, il faut parler de la stupidité légendaire des fées. Leur esprit étant entièrement tourné vers les joies du sexe, à aucun moment de sa vie la fée n'est amenée à réfléchir. Pire, une sorte de réflexe culturel l'amènera à éviter toutes les situations qui pourraient conduire à la réflexion.

Lutins

Les Lutins sont de petits êtres d'un peu moins de 2cm. Il est d'ailleurs communément admis qu'un humain fait cent fois la taille d'un lutin. Les lutins vivent dans le Monde des Lutins , un monde qui fait fort logiquement le centième du nôtre. Pysiquement les lutins sont plutôt quelconques, et il est beaucoup plus fréquent de rencontrer un lutin laid qu'un lutin beau. Les lutins sont au centre de cet univers. Non pas parce qu'ils sont les plus importants, mais par hasard.

Les Lutins habitent au Royaume des Lutins . On pourrait penser que les Lutins ne se foulent pas pour trouver des noms aux choses qui les concernent, mais en réalité ces noms simples sont surtout utilisés parce qu'ils sont simples à retenir. En effet, le Lutin est stupide de nature. Un crétin à peine bon à manger du foin, une brute épaisse au cerveau mou comme un poulpe.
Les lutins ne sont dans l'ensemble pas très malins lorsqu'on les regarde individuellement. Mais lorsqu'ils sont en foule, c'est encore pire. Un sociologue du nom d'Adrien Monks émit une hypothèse comme quoi le QI d'un lutin au milieu d'un groupe baissait proportionnellement au nombre d'individus présents dans ce groupe. Personne n'y comprit rien, donc on s'empressa d'en faire une loi sociologique qui perdure encore aujourd'hui.

De plus le lutin moyen est aussi méchant qu'il est bête. L'Université des Barbares du Nord a pendant longtemps étudié les moeurs sociales des Lutins et en a déduit que ceux-ci étaient parfaitement incapables de vivre en société en raison de leur incroyablement faible taux de tolérance vis-à-vis des autres, mais qu'ils ne peuvent survivre seul car ils ne pourraient alors nuire à personne et mourraient de déprime.
Les lutins sont par essence égoïstes. Ils ne vivent que pour eux, et le fait même qu'un autre lutin puisse être plus heureux qu'eux leur est insupportable. Des études faites encore par les Barbares du Nord montrèrent qu'un lutin pauvre ne désirait pas que les inégalités s'effacent, il voulait seulement prendre la place des riches. Et s'il n'y parvenait pas, il souhaitait tout au moins que les riches souffrent beaucoup plus que lui.

On trouve une quantité incroyables de sous-espèces chez les lutins, car ce sont les seuls êtres du Monde des Lutins à pouvoir se reproduire avec n'importe quel individu de n'importe quelle race. Toutefois la progéniture naissant d'accouplements parfois contre-nature est loin d'être toujours viable, d'autant que les lutins normaux se font une joie de reporter leur hargne et leur haine sur ces phénomènes de foire.
Les lutins vivent très longtemps, mais leur vie ne défile pas de la même façon suivant leur âge. Leur enfance dure 1 siècle, l'adolescence dure 80 ans, leur vie d'adulte dure environ 30 ans, et ils meurent si tout va bien vers l'âge de 230 ans. Bien sûr cette longévité est relative car la plupart des lutins meurent bien avant, que ce soit par les guerres, les meutres, les famines et les épidémies.

L'histoire des lutins est nébuleuse et incomplète car les guerres, les actes terroristes et les membres du Conseil ont réduit à néant les archives historiques du Royaume. On dispose donc d'informations éparses, souvent fausses et trafiquées, que personne ne lit puisque la profession d'historien est interdite depuis plus de 500 ans par ordre du Conseil. Il se trouve que la seule façon d'apprendre quelque chose sur le peuple des lutins, c'est de consulter les multiples ouvrages qui en parlent dans les gigantesques bibliothèques des Barbares du Nord.

L'économie des lutins est rurale et minable. Environ les deux tiers des lutins vivent en dessous du seuil de pauvreté, et on assiste même à des scènes de cannibalisme dans certains coins très largement défavorisés.

Seul un quart des lutins sait lire et écrire, et sont inclus ceux qui ne savent déchiffrer que leur nom. Les écoles sont pour la plupart en ruines, et l'éducation est faite par les anciens, quand il en reste. Les jeunes lutins sont souvent employés comme domestiques ou esclaves, et les jeunes filles ont souvent comme seules alternatives la prostitution ou la reproduction intensive. C'est certainement de là que provient l'idée répandue que les lutines sont très portées sur le sexe, alors qu'en vérité ce sont les mâles qui les cantonnent à ce domaine.

Livre d'or

Si vous cherchiez un endroit pour déverser votre fiel concernant cette histoire, c'est par ici !

Université

L'Université est une entité qui dirige les Barbares du Nord . C'est à la fois un lieu de savoir et d'enseignement, un organe politique et moral, un gouvernement et un bureau des plaintes. En fait tout tourne autour de l'Université chez les fiers Barbares du Nord.

L'Université est dirigée par un Conseil de Sages qui fait souvent n'importe quoi, aussi est-il régulé par des Barbares ayant un peu plus les pieds sur terre. Les Sages sont élus à vie, mais à la fin de leur vie pour éviter de trop longs mandats. Il s'est ansi déjà vu qu'un Sage nommé la veille meurt au cours de sa soirée trop arrosée d'intronisation.

L'Université a pour but de promulguer le savoir, aussi organise-t-elle régulièrement des raids chez les autres peuples. Ces Croisades du Savoir ont pour but d'éduquer et d'élever intellectuellement les autres peuples et ont été lancées depuis plusieurs siècles déjà. Le principal souci des Barbares dans ce domaine est que leurs plus proches voisins sont les Lutins , un peuple profondément idiot. Lorsque l'Université lance une Croisade, les missionnaires vont aller piller les Lutins, avec viols et enlèvement éventuel d'enfants comme tout barbare pilleur qui se respecte. Puis ils installent un système d'éducation complet avec professeurs et punitions corporelles. Lorsque les Barbares repartent, leur système scolaire leur survit au mieux pendant 3 jours puis les Lutins détruisent les écoles, torturent les instituteurs pour le plaisir et font un feu de joie avec les manuels scolaires. De toute façon des études effectuées par les services secrets de l'Université prouvent qu'un Lutin ne peut retenir qu'une petite dizaine d'informations durablement. Autant dire qu'une fois qu'il connait le nom des membres de sa famille, il est impossible de lui inculquer quoi que ce soit d'autre.

Physiquement, l'Université est un gigantesque ensemble de bâtiments, d'amphithéâtres, de salles de cours, d'esplanades, de bibliothèques, de bureaux administratifs et de couloirs labyrinthiques. Tout Barbare devant sa vie à l'Université, chaque année les étudiants doivent risquer leur peau en grimpant sur des échaffaudages branlants pour rénover et entretenir les bâtiments. Cet évènement a lieu au printemps et est fort justement appelé le Grand Ravalement de Facade d'Avant les Grosses Chaleurs. On en profite aussi pour repeindre les statues, les Sages les plus décrépis et les panneaux des innombrables files d'attente du bureau des subventions.

On pourrait dire que globalement l'Université est un lieu où il fait bon vivre, d'autant que les moeurs débauchées des étudiants n'ont presque rien à envier au mode de vie des Fées . A ceci près que les Fées vivent ainsi jusqu'à la fin de leur vie, tandis que les Barbares s'assagissent rapidement dès qu'ils quittent le cursus scolaire pour devenir savants, professeurs, personnels administratif, missionnaires ou morts.

Mercredi 27 février 2008

Barbares du Nord

Les fiers Barbares du Nord sont une race de lutins dont les principaux traits sont d'être d'une intelligence plus développée que la grande majorité du Monde des Lutins , ainsi qu'une grosse barbe et des habits en peaux de bêtes.

On prête beaucoup de coutumes pour le moins violentes à ces barbares, comme de boire dans le crâne de leurs ennemis, de ne jamais se laver et de n'avoir aucun respect pour les autres peuplades. Tout ceci est rigoureusement exact, ce qui en fait un peuple craint par leurs voisins.

Régulièrement, les fiers Barbares du Nord partent en raid contre le Royaume des Lutins , situé au sud. Ils se livrent alors à un pillage en règle, violent quelques lutines et imposent la construction d'écoles, de bibliothèques, la création d'un système scolaire et l'établissement des punissions corporelles à l'école. Car le but de ces fiers barbus est d'élever le quotient intellectuel des autres peuplades. La malchance cosmique a voulu que le royaume le plus proche soit celui des Lutins , qui sont parmis les créatures les plus stupides de ce monde. De fait les barbares ont beau tenter de leur inculquer des rudiments de savoir et de culture, dès qu'ils repartent chez eux les Lutins s'empressent d'abandonner leurs études, d'oublier ce qu'ils ont pu apprendre et de se vautrer dans la fange de la béate ignorance.

Les Barbares du Nord sont dirigés par l'Université , une institution dirigée par un Conseil de Sages qui régente la vie politique et culturelle des Barbares. L'Université englobe également tout l'administratif du Campus (chez les Barbares, la notion d'Etat ou de Royaume est remplacée par le Campus).

Le Conseil des Sages est composé de vieux barbus à la mine grise et à l'air docte, comme dans toute académie littéraire qui se respecte. Ils sont élus à vie (ce qui ne fait pas tant que ça en nombre d'années étant donné qu'ils sont nommés à un âge vénérable, pour ne pas dire croulant) et disposent d'avantages conséquents comme le droit de cuissage, le droit d'avoir toujours raison et des réductions pour les pièces de théâtre. Lors des réunions du Conseil qui ont lieu tous les deux jours, les Sages examinent et promulgent des lois, des décrets et des subventions. Ils sont également jurés dans la plupart des concours, qui vont de Miss Barbare au Barbare le plus balèze du Monde. Bien qu'étant réputés sages, les membres du Conseil sont bien souvent corrompus, vicieux et obsédés. La sénilité aidant, des conseillers oeuvrant dans l'ombre rectifient souvent des lois pensées en dépit du bon sens, des subventions attribuées à des projets stupides, et ils indemnisent aussi les jeunes filles naïves qui tombent entre les mains libidineuses des vieillards.

Bien que s'intéressant à tout, les Barbares du Nord ne sont pas très portés sur la technologie. De vieux parchemins moisis racontent qu'il y a longtemps une délégation de savants barbares se rendit chez les Petits Êtres de la Machine pour en savoir plus sur les technologies humaines, avant de revenir bredouilles et honteux sans avoir compris un traître mot des lutins technophiles.

Au niveau religieux les Barbares sont pour la plupart athées, bien que certaines croyances ancestrales comme le jour du retour des morts ou la supériorité intellectuelle des mâles demeurent encore vivaces.

Mardi 26 février 2008

Parmesan

Parmesan est un fier Barbare du Nord . Il a comme particularité d'être aussi peu important qu'un cloporte pour un humain, et ce depuis sa naissance. Ses parents étaient déjà très insignifiants, et Parmesan semble avoir cumulé les tares de ses deux parents. Les deux seules fois où Parmesan ne passa pas inaperçu furent quand il se mit le feu à sa barbe en amphithéâtre pour prouver que les poils brûlés sentaient le caramel, et lorsqu'il tomba (littéralement) sur Ramdam alors que celui-ci tentait de se suicider en se plongeant la tête dans le sol.

Depuis lors ces deux barbares qui auraient fait honte à n'importe quel intellectuel, même humain ne se quittèrent plus, magouillant pour se faire nourrir par l'Université et dissertant de choses plus inutiles et vaines les unes que les autres.

Ils atteignirent leur maximum de quotient intellectuel la veille où une boule de métal décida de leur tomber dessus, provoquant leur mort par écrabouillement.

Ramdam

Ramdam est un fier Barbare du Nord . Comme tous ses congénères, son seul but dans la vie est de s'élever culturellement. Malheureusement, il semle que quelque part au beau milieu de sa croissance ce but si noble se soit perdu en chemin, laissant la place à un curieux mélange de croyances fondées sur du vent et de démonstrations scientifiques capillotractées.

Ramdam eu une enfance pas spécialement heureuse, ses parents ayant développé une passion intense pour l'étude des ordures. Adolescent, alors que ses congénères se vautraient avec délice dans la découverte du sexe, Ramdam découvrit qu'il n'avait aucun don pour la drague et devint passablement associal. Lors de longues soirées passées à ruminer en solitaire sur l'ingratitude du monde, il tomba par hasard sur Parmesan , un autre barbare peu sociable. Ils devinrent très vite inséparables bien que ne pouvant se supporter. L'Université , dans un flagrant délit d'insconscience administrative leur accorda une bourse pour étudier les moeurs étranges des vers de terre.

Ramdam et Parmesan sont en fait deux parasites sociaux qui vivent des bienfaits de l'Université. Enfin jusqu'à ce qu'une boule de métal leur tombe sur le coin de la figure, ce qui les rend un tout petit peu morts.

Pré-intro

"- Je te dis que le ciel est en bois !
- C'est complètement absurde ! Le bois finirait par pourrir avec la pluie et il prendrait feu avec les orages. Non, le ciel est bien évidemment en métal.
- Oh bravo, brillante trouvaille. Et la rouille, t'en fais quoi ?"

Ramdam et Parmesan étaient de fiers Barbares du Nord , vêtus de grosses peaux de bête et d'une grosse barbe qui leur descendaient jusqu'au nombril. Leurs voix tonitruantes résonnaient dans la fraîcheur du matin, occasionnant ça et là des plaintes endormies de barbares pas encore levés. Ils s'affrontaient présentement sur la composition du ciel , ce qui était leur sujet de dispute favori. Les deux barbares s'engueulaient ainsi depuis qu'ils étaient en âge de le faire. Ils ne faisaient d'ailleurs rien d'autre de leur journée, vivant de la bienfaisance de l'Université . Leur voix portait très loin et très haut, réveillant tout ce qui avait des oreilles autour d'eux.

La boule de métal qui chutait dans l'atmosphère enregistra elle aussi la dispute des deux barbares. Elle ricana d'avance lorsqu'elle songea que ces deux petits sacs de viande allaient bientôt savoir à quel point ils se trompaient. Ramdam et Parmesan entendirent un sifflement assourdissant. Ils levèrent les yeux juste à temps pour apercevoir la gigantesque sphère métallique s'écraser sur eux.

Leur dernière pensée fut la même : "Merde, j'ai gâché ma vie..."