Voici le monde merveilleux des lutins, tel que vous n'en avez jamais entendu parler !

Récit(s) du lundi 6 février 2006

Le combat des deux généraux

Gros Bob le Blanc n'était sans doute qu'une brute épaisse, mais l'éponge qui lui servait de cerveau réussit à cogiter suffisamment longtemps pour déterminer que son plan partait en sucette. Son armée se faisait proprement tailler en pièces par une bande de créatures débraillées qui aidaient très efficacement les Gardiens. L'imprévu était contre lui, ainsi que le hasard et peut-être même le destin. Cette idée n'eut cependant pas le temps de se frayer un chemin jusqu'aux centres conscients de son système nerveux ; elle fut balayée par un accès de rage qui emporta tout sur son passage. Gros Bob le Blanc se sait d'une gigantesque hache de guerre et s'élança dans la bataille. Son état-major, nettement plus frileux, préféra commencer à se disputer le commandement dans le cas où leur général en chef se ferait raccourcir la tête.
Celui-ci avança dans la mêlée, bousculant son armée pour finalement tomber nez à nez avec Tapioca, qui faisait la même chose en sens inverse. Les deux combattants n'eurent pas à faire les présentations, ils savaient d'instinct qui était l'autre. La tension devint palpable, au point que les combattants alentours s'arrêtèrent pour regarder l'affrontement. Des petits malins circulaient déjà pour prendre les paris, et un sergent impérial eut la bonne idée de faire circuler ses hommes dans les rangs pour qu'ils vendent des sucreries ; la paye allait être juteuse ce mois-ci.
Puis le combat commença : Gros Bob tenta de trancher Tapioca en deux dans un hurlement de rage, mais celui-ci sauta promptement de côté, et contre-attaqua immédiatement par un mouvement circulaire avec son marteau de guerre. L'impérial ne réussit pas totalement à l'éviter, et son casque fut réduit en bouillie. Mais la tête de Gros Bob étant considérablement plus résistante que son armure, il s'en tira avec une grosse bosse. Les deux combattants enchaînèrent ensuite les feintes et les assauts furieux, mais aucun ne parvenait à prendre l'avantage.
Les spectateurs autour commençaient à se lasser, certains parlaient même de reprendre le combat. pour passer le temps on organisa un concours de cabrioles, chose prohibée depuis la prise de pouvoir de Poképok, mais de loin ça pouvait passer pour une danse guerrière. Les Gardiens, pour qui ces gesticulations étaient tout juste dignes des vers à bois, tentèrent eux aussi leur chance, et se découvrirent un réel talent. Les demi-finales furent d'ailleurs remportées par trois gardiens sur quatre, mais ce fut un impérial qui remporta le concours. Il fut porté en triomphe sur les épaules de ses camarades, et ses cris de joie furent interrompus par l'arrivée abrupte d'une flèche dans son crâne. Cela ramena immédiatement le silence sur le champ de bataille, et hormis les deux généraux qui étaient toujours en train de se battre, l'absence de bruit était complète. Puis on entendit Mortadelle crier :
"- Mais c'est pas possible, vous êtes tous les deux aussi cons !
- Mais euh, je voulais... balbutia Placid.
- Va t'excuser ! Tout de suite ! Ou je te jure que je te découpes en fines lamelles !"
Mais avant que le lutin piteux puisse aller s'excuser, un cri de victoire se fit entendre. Tous les yeux se tournèrent vers les deux généraux, car il ne faisait pas de doute que l'un des deux venait de tuer l'autre, et la victoire de l'un signifiait que le camp adverse allait passer un sale quart d'heure.

Récit(s) du mercredi 22 février 2006

Le banquet final

Tous les yeux se tournèrent vers le lutin à l'origine du cri victorieux. Celui-ci, qui n'était qu'un petit soldat miteux et sale, se recroquevilla sur lui-même en marmonnant des excuses foireuses. Il venait en fait de retirer sa chaussure gauche après une demi-heure d'efforts acharnés.
Du coup, on se reporta vers les deux généraux, pour s'aperçevoir qu'ils n'étaient plus là. Pas même un cadavre ou une oreille coupée. Quelques détectives en herbe crurent bien remarquer que l'herbe était courbée à un endroit, ou qu'il y avait une tache rouge sur une branche, mais rien de tangible ne permettait de savoir où étaient passés ces deux lutins.
L'état-major impérial s'étant pendant ce temps auto-massacré dans la lutte pour le pouvoir, les troupes de Poképok se retrouvèrent sans chefs pour les commander. Elles firent donc ce qu'elles savaient faire le mieux : les soldats dressèrent un gigantesque banquet auquel tout le monde fut convié.

Il est étrange de penser que Bonhomme et Mortadelle, après avoir décimés des bataillons entiers, soient invités par les soldats impériaux. Il y avait deux raisons à celà : les lutins ont une mémoire immédiate qui rivalise avec celle des poissons rouges, qui n'excède pas trente secondes. Et ensuite, les soldats ne tenaient absolument pas à ce que nos deux héros s'énervent et décident de se tailler des steacks dans les troupes de l'Empire.

Ficelle partit à la recherche de son père, entraînant Placid et Muzo. Les deux compères auraient nettement préféré rester au banquet, mais la menace d'une métamorphose en une créature si repoussante que même son nom fait vomir les fit s'empresser de se mettre à la recherche de leur capitaine. Robert Redford s'attarda à étudier les moeurs des Gardiens, mais fut obligeamment évincé d'une hutte lorsqu'il demanda à ses occupants comment ils se reproduisaient. Il s'enfonça donc dans la forêt de Stylos pour étudier ces étranges Dolmens.


Pendant ce temps, une créature terrifiante avec un splendide manteau en fourrure blanche cherchait son chemin dans l'intestin d'un gigantesque ver. La créature avait passé l'estomac en escaladant les parois supérieures pour éviter le lac d'acide, et n'avait pas manqué d'être étonnée de la présence d'un charnier récent, dans lequel semblait avoir péri les curieux lézards qui habitaient le village du centre de l'estomac. Elle se dit que son maître était décidément vicieux et redoutable, et elle ne l'en aima que plus.
Il lui fallait se hâter pour se mettre à son service, elle avait hâte de pouvoir commencer les massacres. Son précédent maître le lui avait interdit à sa grand contrariété, et elle comptait bien rattraper le retard.


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