Voici le monde merveilleux des lutins, tel que vous n'en avez jamais entendu parler !

Récit(s) du lundi 9 janvier 2006

Le tunnel de l'effroi

Les inconvénients de voler en dirigeable dans une galerie de tunnels, c'est d'abord qu'on n'y voit rien, puisque les éclairages étaient prévus pour des véhicules terrestres, et de plus les indications ne sont pas des plus claires vues d'en haut.
Tapioca se fiait donc à la file de chariots pour trouver son chemin, et celà marchait globalement pas mal jusqu'à ce qu'ils tombent sur un éboulement de la caverne. Les propriétaires du tunnel avait fait creuser un passage à travers les éboulis mais le Bachibouzouk ne pouvait pas l'emprunter. Le navire dut prendre un autre tunnel, dans le noir et l'inconnu. L'Oeil fut très acclamé lorsqu'il s'alluma, et le faisceau de son globe occulaire servit à éviter les obstacles de toutes sortes, que ce soit des chauve-souris, de gigantesques stalactites, une sculpture d'un dieu depuis longtemps oublié ainsi que le temple en ruine qui l'accompagnait. Tapioca ne pouvait se fier qu'à son instinct pour trouver son chemin, et celui-ci lui hurlait que c'était une vraie connerie de s'aventurer dans un tunnel sans savoir sur quoi on allait déboucher.
"- Alors Capitaine, où va-t-on ? Demanda Bonhomme, qui l'avait rejoint sur le pont.
- J'en ai pas la moindre idée fiston. Tiens par exemple, cet embranchement, on part à gauche ou à droite ?
- Moi je vote pour la droite, le tunnel est en meilleur état. Répondit Bonhomme.
- Vous trouvez pas que ça pue depuis un moment ? Lança Mortadelle en fronçant son petit nez.
- C'est pas nous ! Crièrent à l'unisson Placid et Muzo, qui pédalaient sans conviction pour faire avancer le navire.
- Ca sent le pourri et l'avarié, et le vieux moisi aussi, renchérit Ficelle.
- J'ai connu une vieille lutine qui avait cette haleine-là et en fait elle était morte depuis trois mois, elle ne s'en était même pas aperçue", dit Bonhomme.
Les autres le regardèrent avec des yeux ronds, y compris l'Oeil, qui aveugla Bonhomme en le fixant avec sa torche allumée. Lorsque L'Oeil reporta son attention vers l'extérieur du navire, ce fut pour éclairer une rangée de stalactites bien alignées.
"- Elles sont super pointues ces stalactites, remarqua Mortadelle.
- Tiens, y a des stalagmites alignées en bas aussi, ajouta Muzo.
- C'est toi la mite", lui glissa Placid, ce qui entraîna une bagarre promptement matée par Tapioca.
Puis ils sentirent un souffle fétide, accompagné d'un grondement sourd. La totalité de l'équipage opta pour faire un demi-tour immédiat, mais soudain les mâchoires de pierre par lesquelles ils étaient passés se refermèrent dans un grand clac.
Ils étaient bloqués à l'intérieur d'une énorme créature qui puait incontestablement du bec.

Récit(s) du vendredi 13 janvier 2006

Dans l'estomac du monstre

L'Oeil et Robert Redford n'étaient pas le moins du monde incommodés par l'odeur fétide de l'haleine du monstre dans lequel ils étaient enfermés. Et pour cause, il n'avaient pas d'organes leur permettant l'odorat. Pour le reste de la troupe, les effluves nauséabondes étaient très désagréables, et Bonhomme en vomit son goûter.
"- Bon, maintenant qu'on est coincés, qu'est-ce qu'on fait ? demanda Placid.
- Nous ne pouvons pas faire demi-tour, je crains qu'il ne reste qu'une seule autre sortie..." déclara sombrement Tapioca.
Là-dessus Mortadelle s'évanouit, et Ficelle en profita pour lui balancer un coup de pied. Bonhomme ramena sa fée dans leur cabine, pendant que les autres allaient à leur poste avec un entrain qui faisait peine à voir. L'Oeil, tout fier de se sentir indispensable, éclaira fièrement la gorge du monstre cavernicole, et le navire s'engagea dans l'oeusophage. La puanteur se faisait de plus en plus insistante, et l'air était presque palpable tellement il était lourd. De temps en temps, des spasmes faisaient bouger les parois du tunnel, accompagnés par un grondement gluant et répugnant.

Ils finirent par déboucher sur ce qui semblait être l'estomac de la bête. La caverne stomacale était baignée d'une faible lueur verdâtre, qui était émise par le liquide digestif qui occupait le fond du bassin. On pouvait voir ça et là les reliefs des divers repas du monstre, dont un squelette à moitié dissout d'une créature qui ne devait probablement plus exister depuis quelques millions d'années. Plus loin ils aperçurent une masse sombre qui se découpait dans le brouillard constitué des vapeurs digestives.
"- Île en vue mon Capitaine, claironna l'Oeil mentalement.
- C'est moi où il y a des gens dessus ? s'étonna Bonhomme.
- On dirait des espèces de minis dragons bipèdes avec plein d'écailles, dit Ficelle en plissant les yeux.
- Ouah, ils se baignent là-dedans ! Mais c'est super dangereux ! Ils ont même des bateaux !"
Les créatures qui habitaient l'île s'agitèrent quand elles virent le Bachibouzouk. bonhomme n'était pas un expert en étude comportementale, mais il était clair que la vue d'un dirigeable était une chose nouvelle et effrayante pour ces écailleux. Lorsque le navire arriva au-dessus de l'île, le capitaine Tapioca tenta de leur demander son chemin, mais les étranges créatures ne faisaient que courir en rond en levant les bras et en poussant des cris de singe. Placid et Muzo, jamais à court d'âneries, répondirent en essayant de les imiter, ce qui provoqua l'arrêt immédiat des singeries des écailleux. Tapioca allait leur tirer les oreilles quand les écailleux se prosternèrent dans un bel ensemble. Ils restèrent ainsi quelques secondes, puis ils allumèrent un grand feu au centre de leur village, et se jetèrent dedans. Une odeur de viande grillée monta jusqu'au dirigeable, et Tapioca faillit jeter les deux responsables par dessus bord dans un accès de colère.
Ne voulant pas rester au dessus du charnier, le Bachibouzouk s'éloigna vers l'intestin.

Récit(s) du lundi 16 janvier 2006

L'audience de l'Empereur

L'Empereur Poképok aimait faire sentir à ses subordonnés qu'il les considérait comme des misérables insectes. Mais n'étant pas très grand, il devait avoir recours à des subterfuges savamment ordonnés pour arriver à ses fins. Son apparition avait tout du show son et lumière. On entendait tout d'abord une musique tonitruante, puis un grand écran de fumée était lâché devant le trône, et enfin des spots éclairaient l'Empereur qui était apparu comme par magie sur son fauteuil impérial, lequel dominait la salle avec une hauteur de plusieurs mètres. Ses interlocuteurs étaient assis sur de minuscules sièges inconfortables, et ils étaient entourés de trolls de garde qui les toisaient fixement avec leurs petits yeux porcins mais vicieux. La voix de l'Empereur était amplifiée par une acoustique de la salle très bien étudiée, alors que la voix du visiteur semblait être un murmure à l'agonie.

Le Général en Chef Gros Bob le Blanc devait passer à chaque fois par ces simagrées pour pouvoir parler à l'Empereur. Il prenait son mal en patience en songeant aux prisonniers politiques qu'il allait torturer en sortant. La torture lui avait toujours procuré un apaisement merveilleux. Enfin, l'Empereur apparût, et Gros Bob annonca sans détour le motif de sa visite :
"- Empereur, il semblerait qu'une armée inconnue s'en prenne à nos troupes.
- Vos petits tracas ne m'intéressent pas, Général ! Réglez ça vous même !
- Je ne me serais pas permis de venir vous déranger si j'avais pu le faire moi-même, dit respectueusement Gros Bob, tout en songeant qu'il ne se tapait pas le show d'entrée pour le plaisir.
- Soit. Exposez moi votre problème, je vous prie.
- Plusieurs corps d'armée ont disparu sans laisser de traces, votre Honneur. On ne retrouve même pas de cadavres, c'est incompréhensible. Les civils interrogés nous ont parlé de lueurs verdâtres et de fantômes revenus se venger. Il y en a même un qui nous a parlé de créatures qui l'avaient enlevé dans un engin volant ressemblant à une assiette, et qu'ils lui avaient enfoncé des trucs dans le...
- Ca ira, ça ira, le coupa Poképok. Nous allons dépêcher un de nos agents spéciaux sur place, il prend l'affaire en charge. Il va de soi que vous resterez à sa disposition pendant toute la durée de l'enquête."
Gros Bob le Blanc jura intérieurement. Il détestait les encapuchonnés, ces agents secrets qui étaient capables de faire des choses dingues juste avec leur cerveau. Il les soupçonnait de savoir lire dans les pensées. Il lui vint à l'esprit que si eux pouvaient le faire, l'Empereur le pouvait certainement aussi. Il eut une sueur froide quand il vit que Poképok le regardait en souriant froidement, comme s'il avait suivi le monologue intérieur du Général.
"- Ce sera tout, Général ? demanda l'empereur.
- Oui sire, merci de votre attention", répondit Gros Bob, qui n'en menait pas large à présent.
Il recula sans cesser de faire des courbettes, et ne recommença à respirer que lorsqu'il fut à cinq cent mètres de la salle d'audience. Il allait lui falloir surveiller ses pensées.

Poképok regarda sortir son Général en Chef. Suivre le cours de ses pensées l'avait beaucoup amusé. Et il devait bien reconnaître que c'était plutôt rare en ce moment. Être Empereur ne s'avérait pas aussi excitant qu'il l'aurait cru, il s'ennuyait ferme la plupart du temps. Il fit venir son chef de cabinet, et lui exposa l'idée qu'il venait d'avoir.

Récit(s) du mardi 17 janvier 2006

La sortie des artistes

Passer par le trou du cul d'un monstre n'est une expérience plaisante pour personne, et la journée suivante fut passée à récurer de fond en comble navire et ses occupants. Placid et Muzo tentèrent tant bien que mal de matter Mortadelle pendant qu'elle se lavait, et après s'être fait assommer par Bonhomme, ils se réveillèrent nus et pendus par les pieds au beau milieu du Bachibouzouk à la grande satisfaction de Ficelle, qui ne rata rien de leur anatomie.

L'anus du vers géant déboulait directement sur le flanc de la montagne, à l'air libre. Respirer de l'air pur après l'éprouvante traversée du système digestif du monstre était un vrai soulagement. Ils étaient en revanche très éloignés de la route.
"- Il était pas top ce raccourci, commenta Mortadelle.
- C'était plutôt un rallongi en fait, ajouta Bonhomme.
- Je vous rappelle, jeune lutin, que c'est vous qui avez tenu à passer par là, répliqua vertement Tapioca.
- Ca va, j'ai fait une boulette, ça arrive à tout le monde. Tiens, quelle est cette étrange forêt au loin ? Ils sont bizarres ces arbres", dit Bonhomme, changeant habilement de sujet par la même occasion.
Ils étaient vue d'un amoncellement hétéroclite de grands dolmens lisses et colorés. Mortadelle songea en elle-même que ça ressemblait beaucoup à certains objets sexuels qu'on trouvait chez les fées. Bonhomme, qui était à côté d'elle, la vit le regarder d'un air étrange. Avant qu'il n'ait pu dire quelque chose, elle l'avait entraîné dans leur cabine et commençait à le déshabiller.
Faisant abstraction de l'air furieux de sa fille, le capitaine Tapioca fit mettre les voiles vers les dolmens, dépitant considérablement Placid et Muzo, qui auraient bien aimé assister à ce qui se passait dans la cabine. Ils se dirigèrent de mauvaise grâce vers les moteurs, qui n'étaient en fait que des sortes de vélos bricolés pour faire tourner une hélice.
"- C'est nul, eux ils s'amusent pendant qu'on se galère, lança Muzo à son acolyte.
- On devrait faire grêve tu crois pas ?
- Ah oui ? Tu te souviens peut-être pas du mousse qu'on avait embarqué il y a un an ?
- Celui que le capitaine a pendu, ou celui qu'il a vendu comme esclave sur les marchés Djinns ?
- Pas ceux-là, celui qui a voulu demander une augmentation. Le cap'taine l'a condamné aux fers. On s'est rendu compte deux mois plus tard qu'il était toujours !
- Ah oui, il avait été bouffé par les rats, il ne restait que le squelette. Il y est encore d'ailleurs il me semble.
- Oui je crois. Bref, tout ça pour dire que la grêve ne me semble pas une excellente idée. Mais si le père est intouchable, il reste la fille..."
Les deux compères affichaient à présent un air cruel qui aurait fair pâlir de jalousie le Maître Inquisiteur Tortue Géniale, un lutin tellement cruel qu'on avait fini par l'obliger à se torturer lui-même, ce qu'il avait fait avec un plaisir non dissimulé. Il en était mort, bien entendu. Ficelle, qui n'avait rien suivi de la conversation, passait ses nerfs sur un troupeau de chèvres en dessous du navire. Elle leur faisait flamber le derrière, et les pauvres bêtes paniquées se jetaient dans le ravin au bout du champ. Robert Redford, en spécialiste de la flambée brutale, applaudissait en rigolant comme un gamin. Il rigola nettement moins quand le Bachibouzouk explosa en vol.

Récit(s) du mercredi 18 janvier 2006

Rencontre avec les Gardiens

L'explosion jeta tout le monde par-dessus bord. Bonhomme vit le sol approcher un peu trop rapidement à son goût, et il aurait juré que le gros rocher qui s'y trouvait souriait sadiquement à l'avance de leur rencontre imminente. Mais le lutin ne vit pas son air dépité lorsqu'il s'immobilisa à cinquante centimètres du sol. Bonhomme connaissait bien la légende qui disait que si on oubliait de tomber, on se mettait à voler. Mais il était sûr et certain de ne pas avoir perdu de vue un seul instant le fait qu'il allait s'écraser comme une merde sur ce rocher goguenard. Il restait perplexe, flottant tranquillement au dessus du rocher qui regrettait amèrement de ne pas avoir de bras. Cette grosse pierre était en fait la réincarnation de George Sand, puni de sa vie précédente par un immobilisme forcé sous forme minérale. Mais Bonhomme ne saurait jamais qu'il avait failli s'écraser sur son ancien maître. Le lutin entendit soudain des éclats de voix :
"- Relâches-moi tout de suite, espèce de gourdasse ! Bonhomme, fais quelque chose bon sang ! s'égosillait Mortadelle qui flottait en l'air comme lui, à la nuance près qu'elle semblait pendue par un pied.
- Mais qu'est-ce que... commença Bonhomme.
- Ficelle, cesses tout de suite tes gamineries et relâches nous ! Gronda Tapioca.
- Ca va, si on peut même plus s'amuser un peu...". Et Ficelle les laissa tomber à terre, Mortadelle alla s'écraser dans un buisson de ronces alors que Bonhomme se posa doucement sur le rocher, piétinant sans le savoir celui qui l'avait psychologiquement écrasé au début de cette aventure épique.
Autant dire que la fée apprécia peu le traitement et elle se jeta comme une furie sur Ficelle, qui tenta de la figer. Elle n'y parvins pas complètement, et Mortadelle pu lui mettre un uppercut qui la laissa KO. Robert Redford ceintura la fée alors qu'elle commençait à ruer de coups Ficelle qui gémissait par terre, le nez en sang. D'ordinaire, le capitaine Tapioca aurait poussé une beuglante et aurait fermement ramené le calme à coups de baffes, mais le fier ex-général était prosté à terre et serrait une planche cassée du Bachibouzouk, dont les morceaux épars étaient dispersés dans toute la vallée.

Dans le tumulte ambiant, les membres de l'équipage mirent un certain temps à remarquer qu'ils étaient observés par des lutins plus grands que la moyenne, et qui avaient la particularité d'afficher un air grave et majestueux.
"- Euh Bonjour, messieurs qui avaient l'air grave et majestueux, salua Bonhomme.
- Que faites-vous ici, étrangers ? Lança un de leurs interlocuteurs.
- Comme vous le voyez, nous nous sommes écrasés à cause d'un abruti qui a fait exploser notre dirigeable, répondit Mortadelle.
- Nous sommes ces abrutis, fée. Personne ne peut pénétrer dans la Forêt de Stylos sans notre accord, dit un des graves et majestueux lutins calmement.
- Mais qui êtes-vous ? leur demanda Bonhomme.
- Nous sommes les Gardiens des Stylos.
- J'y piges rien moi, c'est quoi les Stylos ?" s'exclama Placid, qui se fit tout petit quand il vit l'air scandalisé des Gardiens
Avec un air de profond dépit et comme s'il adressait à des demeurés, un des Gardiens leur expliqua.


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